Où en sommes-nous dans la mise en place du « fameux » marché européen de l’électricité ? Un regard sur les flux import/export et les enseignements que l’on peut en tirer.

Depuis 1997 et l’application de la première Directive sur les règles communes pour le marché intérieur de l’électricité, l’Europe avance, péniblement, dans cette organisation d’un marché unique.

Cela fait donc 22 ans qu’on est dans cette démarche avec 4 Directives, la dernière date de décembre 2018 avec l’ambition de faire du consommateur final l’agent facilitateur dans la mise en place de ce marché. Et on peut dire qu’on n’est pas au bout de ce chantier.

On sait que les marchés de l’électricité sont extrêmement régulés pour quelques très bonnes raisons :

  • l’électricité est vitale pour la bonne marche des société – et pas seulement de l’économie
  • l’électricité étant un produit très particulier qui ne se stocke pas et qui doit être produit en quantité égale à la consommation en temps réel
  • les manipulations de marché sont très simples à mettre en œuvre (exemples : Californie 2001, UK 2004) – en n’investissant pas dans les nouveaux moyens de production, un opérateur dominant fait structurellement monter les prix de gros
  • la volatilité des prix peut être extrême sur les marchés spots

 

Mais essayons d’observer plus attentivement ce qu’il en est de ce marché européen sur la base des flux d’import et d’export par pays [remerciements à Matteo de Felice – Data Scientist]

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On peut alors constater quelques évidences :

  • il y a des pays « fournisseurs » d’électricité sur ce marché Européen (au regard de leur statut d’exportateur) avec l’Allemagne, la France, la Suède et la Tchéquie.
  • D’autres pays sont structurellement importateurs : Italie, Autriche, Finlande, Hongrie, Espagne et UK.
  • Et un rôle particulier pour la Suisse (que l’on détaillera)

On a donc un marché européen très déséquilibré quant à la contribution de chaque pays sur la production d’électricité. Pour autant, ce n’est que le fruit de politiques publiques anciennes ou de potentiels naturels spécifiques.

La France et la Suède ont un mix dominé par le nucléaire et l’hydraulique (75/20 pour la France et 40/40 pour la Suède). L’Allemagne et la Tchéquie s’appuient sur le charbon et lignite (40% pour le premier, 60% pour le second) et sur les renouvelables (40% et 10% respectivement).

En clair, les pays qui assurent le gros de la production d’électricité en Europe disposent de moyens de production compétitifs et peu diversifiés (2 par pays principalement) dont un est clairement pilotable (il produit quand on en a besoin).

A l’inverse, on a des pays clairement importateurs qui n’ont ni une dominante forte sur un moyen de production ni une « nature » qui leur offre un potentiel important (principalement avec l’hydraulique).

On voit ici le poids des politiques énergétiques passées avec des investissements très importants dans un ou deux moyens de production. On a évidemment l’exemple de la France avec le nucléaire, de la Suède avec l’hydraulique et de l’Allemagne avec les renouvelables (mais non pilotables).

Ce poids de l’histoire rend donc difficile l’organisation d’un marché unique, fluide, équilibré et solidaire. En effet, quelque soit le moyen de production, on fait face aujourd’hui à de profondes réticences de la part de la population vis à vis de la construction de nouveaux ouvrages ; centrale nucléaire, parc éolien, barrage. On peut donc imaginer que certains pays doivent assumer la production pour le compte d’autres pays. Sinon, il faut une politique européenne équilibrée, basée sur les potentiels de chaque pays membre et avec un engagement financier de tous sans quoi chacun reprendra « ses cliques et ses claques » et ça en sera fini du marché européen de l’électricité.

Pour finir, revenons sur la Suisse qui n’est pas un pays membre mais qui est associée à la mise en place de ce marché européen et qui a un profil import/export très singulier. Elle est quasiment le seul pays à être sur des échanges très importants (à son échelle) mais équilibrés. La Suisse qui a un parc de station de transfert d’énergie par turbinage pompage profite de la volatilité des prix pour importer de l’électricité quand elle est à prix bas, pour remplir ses réservoirs et de la revendre quand elle est chère.

Pas simple ce marché et pas facile à réguler !

 

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